COMMUNIQUE DE PRESSE

Publié le par Regards

REGARDS

ASSOCIATION 1901 

 

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

1er Août 2003,

 

 

 

 

L’été dernier, dans les prémices de ce qui allait devenir l’article 53 de la loi de sécurité intérieure, le sénateur Dominique Leclerc déclarait à l’occasion de la séance du 31 juillet 2002 au Sénat, que les gens du voyage étaient « le fléau de demain ».

Ces propos, pour le moins infamant, allaient s’enrichir quelques jours plus tard des déclarations diffamatoires du Préfet du Vaucluse, Paul Girot de Langlade, affirmant à la presse que les gens du voyage vivaient de « vols et de rapines ». Ce dernier a d’ailleurs récemment été mis en examen pour cette raison alors que nous avions demandé, dès le 30 octobre 2002, lors de notre rencontre avec M. Sarkozy place Beauvau, qu’il soit destitué de ses fonctions.

Un an après, jour pour jour, c’est du côté du Ministre délégué à la Ville , Jean-Louis Borloo, qu’est asséné un nouveau coup à l’encontre de nos communautés.

Par une incohérente disposition législative, l’article 12 bis du projet de la loi sur la ville et la rénovation urbaine, « les communes de moins de 20 000 habitants et dont la moitié de la population habite dans une zone urbaine sensible (ZUS) seront exemptées à leur demande de la création d’aire d’accueil pour les gens du voyage » tel que le prévoit pourtant la loi du 5 juillet 2000.

Elle arrive alors que nous avions été rassuré par les propos de M. de Robien, Ministre du Logement, à l’occasion de notre réunion du 11 juin 2003 à Paris sur l’Habitat.

Aujourd’hui, la cruelle absence d’appréhension dans le cadre de la politique de la ville de la problématique tsigane et voyageuse est rattrapée,  mais arrive à complet contresens.

Son absence n’a jamais permis de contractualiser dans les différents plans, liant Etat et collectivités locales, la création d’aires d’accueil.

Les législations d’exception, de la loi du 31 mai 1990 à la loi du 5 juillet 2000, lois Besson, prennent toutes leurs significations dans leurs inapplications.

Face à ce constat d’échec, le pouvoir de substitution du Préfet face aux municipalités défaillantes, semble bien utopique et dérisoire devant le poids local des édiles parlementaires.

L’argumentaire de Jean-Louis Borloo, ministre délégué à la Ville , est pour le moins fallacieux.

Affirmer qu’ « exonérer les villes les plus fragilisées de cette charge complémentaire paraît absolument indispensable », laisse à penser et sous-entend que l’installation de quelques caravanes dans de telles communes contribuerait à les plonger définitivement dans le chaos.

Ajouter que « l’accueil des gens du voyage, c’est aussi un coût pour 20 places, c’est près d’un million d’euros d’investissement, c’est ensuite du personnel d’assistance et d’accueil » témoigne de la totale méconnaissance des rouages du subventionnement de ces équipements qui, de surcroît, sont naturellement assujettis au paiement de redevances par les usagers.

Ils dérogent, et c’est une exception, au plafond de subventions accordées au logement social et peuvent donc dépasser le seuil des 80% de financements publics.

Le prix de revient d’un emplacement-ménage est de plus incomparable à celui d’un logement de type HLM de 4 ou 5 pièces et ne permet pas, au passage, de percevoir l’allocation logement.

Les aires d’accueil sont reconnues comme des projets d’utilité publique.

Nous refusons de faire les frais d’une urbanisation mal maîtrisée que subissent aujourd’hui largement les familles issues de l’immigration vivant effectivement dans des logements sordides.

Nous réclamons notre place dans la Cité au même titre que tous les autres citoyens, quel que soit leur niveau social et leurs origines.

C’est l’essence même de la mixité urbaine et de la politique de la ville.

Français depuis cinq siècles, nous considérons donc qu’il est impossible de nous interdire quelque partie du territoire national qui soit, a fortiori dans les communes urbaines initialement soumises à l’obligation de notre accueil.

Nous dénonçons l’aspect psychologique désastreux que revêt ce projet de loi dans l’acceptation déjà si polémiquée de notre existence sur le sol français.

A une époque où fleurissent les associations de quartiers qui, sous couvert de protection de l’environnement ou de la préservation du cadre de vie, luttent contre toute implantation d’aires d’accueil dans les communes.

Le concept des terrains au fond des bois, près de la décharge ou directement dessus refait largement surface de nos jours et repousse d’autant plus loin notre intégration et celle de nos enfants.

La brèche ouverte par ce nouveau projet de loi spécifique est inqualifiable et va, de nouveau, retentir négativement dans l’imaginaire collectif déjà hostile à notre sujet.

L’article 12 bis du projet de loi sur la ville et la rénovation urbaine va banaliser et instaurer un système pernicieux visant à notre interdiction territoriale, celle d’habiter dans plusieurs villes de France.

Il s’oppose donc au principe d’aller et de venir pourtant garanti par la déclaration des Droits de l’Homme, préambule de la Constitution française.

Nous assistons à la légalisation, une remise au goût du jour, de la notion de persona non grata, qui ne s’applique pourtant plus qu’aux délinquants de droit commun.

Nous voyons déjà, çà et là, les dérogations fuser et s’établir sous des motifs plus aléatoires les uns que les autres.

Un amendement parlementaire a même été jusqu’à demander l’abaissement du seuil de 20 000 à 5 000 habitants.

Nous subissons une nouvelle fois le franchissement d’une étape législative parlementaire visant et contribuant à notre discrimination au sein de la République.

Nous clamons haut et fort notre sentiment de faire une nouvelle fois les frais de politiques incohérentes à caractère raciste.

Nous dénonçons au passage l’incapacité des structures associatives et fédératives qui prétendent défendre nos intérêts et nous représenter. Dans aucune d’entre elles ne figure le moindre de nos membres.

Elles contribuent à entretenir notre invisibilité politique dans le cadre d’une représentation totalement illégitime qui facilite le travail et la marge de manœuvre  des pouvoirs publics.

Leurs dirigeants bronzent actuellement sur les plages tandis que nous nous faisons expulser des terrains aux quatre coins de la France.

Nous estimons jouer une nouvelle fois les boucs émissaires de politiques liberticides dans le total irrespect de l’être humain dans sa diversité.

Déjà stigmatisés comme des délinquants passibles de peine de prison pour la simple raison de s’être installés sur des terrains non prévus à cet effet, nous sommes le seul public visé par la loi de sécurité intérieure dont le caractère ethnique est affirmé mais caché derrière le pratique terme administratif « gens du voyage ».

Ce principe est bien entendu anticonstitutionnel et n’a pourtant pas été relevé malgré notre manifestation du 27 janvier 2003 sous l’égide du collectif national des gens du voyage qui a réuni 7000 personnes à Paris entre République et Bastille.

Essentiellement d’origine tsigane, nos communautés ont déjà fait dans l’histoire très récente de notre Pays, l’objet de traitements très largement méconnus.

Nous avons été enfermés dès avril 1940 dans des camps d’autorité française institués sous le régime de Vichy, et libérés pour ceux qui ne furent pas déportés en Allemagne, en mars 1946 soit bien longtemps après la fin de la guerre.

On nous reproche systématiquement de parler de cette absence de reconnaissance historique, comme un argument visant à nous accorder, supposées victimes, plus de clémence.

Elle est pourtant présente dans notre mémoire collective et nous craignions qu’elle ne prenne de nouvelles tournures avec ce nouveau projet de loi dont l’opinion publique ne mesure pas l’ampleur sociale sur les quelques 500 000 membres de nos communautés, soit deux fois la population corse.

Vaclav Havel a déclaré que le baromètre d’une démocratie se mesurait par l’égard qu’elle réservait aux Tsiganes.

La France, notre Pays, se porte mal.                                                 Nous en sommes, Tsiganes et Voyageurs, les symptômes.

 

 

Contact :  Dany Peto-Manso Président de Regards O2/97/65/12/69

 

 

 

 

 

 

 

 

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