REFLEXIONS TSIGANES

Publié le par Regards

REGARDS

 

Association 1901

 

 

                                                                         Mai 2003,

 

 

 

                                                        

 

Mesdames et Messieurs,

 

Pour écrire ces lignes, j’ai largement puisé dans les travaux d’auteurs qui ont eu le courage d’aborder le sujet récurant des Tsiganes et de leur génocide.

 

Je les remercie et je regrette qu’ils n’aient pas davantage été suivis par d’autres auteurs de tous les horizons pour faire éclater l’injustice dont le peuple tsigane est toujours la cible de nos jours.

 

-          « L’holocauste oublié, le massacre tsiganes » de Christian BUNADAC ,Edition France Empire

 

-          « SAMUDARIPEN - Le génocide Tsigane » de Claire AUZIAS l’Esprit Frappeur

 

-          « Un camp pour les bohémiens » de Matthieu PERNOT, éditions actes sud.

 

-          Travaux communs avec Bernard PROVOST ancien directeur de l’UNISAT.

 

 

Le 14 juin 1940, les Allemands entrent dans Paris .

Le 17 juin, un nouveau gouvernement est formé et le maréchal Pétain est appelé aux commandes de l’Etat.

Les rues de Paris changent de couleur sur fond vert de gris.

Désormais Vichy va au devant des exigences d’Hitler et la France va vivre alors les années de souffrances que l’on connaît.

Parmi les injustices commises, et le mot est faible, il y a le sort réservé aux Juifs et aux Tsiganes.

L’histoire se souvient du sort réservé aux Juifs et c’est justice mais on ne se souvient pas, ou on ne veut pas se souvenir du sort qui fut réservé aux Tsiganes et aux Gens du Voyage.

Faisons un peu d’histoire et évoquons seulement la loi scélérate de 1912. La stigmatisation des gens du voyage qui les affublait d’un carnet anthropométrique sur lequel figurait une famille jusqu’aux enfants de 5 ans est la base qui sert de réflexion à tout ce qui suivra.

Aucune évolution d’esprit mais seulement une modernisation de     traitement selon le goût de jour.

Cette population montrée du doigt comme population à risques est toute trouvée, ainsi que les Juifs pour diverses raisons, pour servir d’exutoire.

Des esclaves de l’ère moderne. Les Tsiganes personnaliseront le mal et refléteront successivement une politique appliquée pour se faire bien voir, une politique qui reflétera l’acceptation de la défaite sans condition et qui mènera aux pratiques les plus abjectes de Français à l’encontre de Français, qu’ils soient Tsiganes ou Juifs.

L’Holocauste qui aurait du voir se développer une solidarité à toute épreuve voit, au fil des ans se creuser un fossé, le trou de l’oubli creusé par les politiques différentes à l’encontre des Tsiganes et des gens du voyage.

La loi de 1912 montre le chemin et déchaîne les passions à travers des « pogroms » de destructions de verdines jamais évoquées à ma connaissance, en France.

Toujours ancré dans les esprits , consciemment ou non elle pointera, elle stigmatisera la politique de nombreux décideurs à notre encontre , nous repoussant toujours plus loin dans la marginalité.

Il faut croire que la liberté n’a pas le même sens pour tout le monde et parmi toutes les études qui sont faites aucune n’effleure la souffrance qui peut être la notre.

On ne s’intéresse positivement à la « tsiganologie » qu’à travers le folklore qui n’apporte rien aux maux d’aujourd’hui, qui sont les mêmes qu’hier.

Nous ne sommes pour beaucoup qu’une supputation sociologique, accusés comme autrefois, ne vivant que de larcins, séquestration, vols d’enfants, grand banditisme, etc.…qui ne sont que le fruit d’imagination paranoïaque répété, mais qui rapporte gros à ceux qui possèdent le statut et l’impudence d’entretenir cette idéologie qui nous mènera dans les camps de concentration, d’extermination.

On peu dire que la France d’alors était en avance sur le Reich dans le traitement non final du problème tsigane.

De nos jours « solution finale » signifie « solution finale pour les Juifs » pas pour les Tsiganes.

On connaît le racisme vieux de cinq siècles, un homme de lettres précisera, je cite, « leur disparition totale n’aurait affecté personne ».

Aujourd’hui,

Les Tsiganes et les gens du voyage sont toujours aussi méconnus du grand public. Le plus souvent les médias font passer une image plutôt négative. On ne retient donc que le mauvais coté des choses qui l’emporte sur une réalité toute autre.

Ils ont une culture comme toutes les minorités culturelles mais elle est niée. Les signes cognitifs paradoxalement sont reconnus/ hommes portant chapeau, femmes aux longues robes, guitares et flamenco…etc.… folklore encore et toujours.

Ils sont les gens du voyage d’aujourd’hui et peu de monde pense qu’ils sont aussi des personnes souhaitant pérenniser leurs travaux traditionnels exerçant aussi les métiers les plus divers : maçons, charpentiers, mécaniciens…etc…

Ils se sentent des citoyens à part entière, mais une vraie citoyenneté leur est refusée.

Après l’échec l’assimilation, vient l’échec de l’inclusion, puis retour à l’exclusion, au rejet sans condition.

Le traitement des gens du voyage échoue.

Le Tsigane est comme le roseau de la fable, il plie mais ne rompt pas. Il s’adapte aux différents changements, car en réalité, il est parfaitement intégré, intégré mais toujours aussi différent.

Sa façon de vivre en caravane, idéalisée par des milliers de vacanciers , en fait injustement un errants diabolisé par ceux y compris qui vivent sa vie un mois dans l’année.

Pour les néophytes, c’est complexe et on peut comprendre certaines de ses erreurs ; ce qui est moins évident c’est pour les décideurs pour qui la chasse aux Gitans est devenue une nourriture vitale, spirituelle.

D’invention en invention, d’élaboration de textes en élaboration de textes, nous sommes devenus des non droits dont la présence seule constitue un délit. Délit d’exister.

Comme au 15 ème siècle et les suivants.

Le sujet dont nous sommes les victimes est sans limite.

Tous les gens concernés ont attendu, parfois même avec anxiété l’issu des débats parlementaires concernant la loi 2000 614 du 5 Juillet 2000 relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage.

Or,

Cette loi, impérative, ne suffisant pas à la grande majorité des élus, l’article 53, vient la renforcer et compléter une « ethnologie appliquée » qui prolongera un processus à l’éradication.

Il faut reconnaître que la loi 2002 1094 du 29 août 2002 d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieur l’avait « annoncé ». Je cite « Par ailleurs, le gouvernement se fixe pour objectif de mieux réprimer des comportements qui affectent particulièrement la vie quotidienne de nos concitoyens… etc… »

 

C’est édifiant !

Ce n’est sans doute pas suffisant, en tous cas pas évident pour tous les élus municipaux. On peut être pour, on peut être contre, mais être de mauvaise foi dans ce dossier récurent des gens du voyage relève de l’irresponsabilité. Encore une citation « …Jean Marie BRETTILLON, au nom de l’UMP : « organiser la sédentarisation, je suis d’accord, mais ce n’est pas le problème des maires. »

Citation relevée dans le Val de Marne. Conseil Général . mercredi 26 Mars ». Bonjour la lutte conter les exclusions ; c’est pour qui le milliard d’euros prévus à cet effet ? et pourquoi ?

Bientôt on ne comptera plus les demandes de recours gracieux auprès des préfectures pour être relevé de l’obligation d’élaborer une aire de stationnement imposée par les schémas départementaux, sans compter les dits schémas signés dans les délais imposés ne comportant pas les lieux d’implantation des aires et les refus catégoriques de certains élus. (ex/ fontainebleau. La république le 23 décembre 2002). Belle bataille en perspective, les états d’esprit vont se dévoiler.

Un siècle n’aura pas suffi à faire évoluer positivement les esprits des différentes politiques à notre égard.

Le rejet , la suspicion, la fatuité auront jalonné la route qui aura débouché sur un langage nouveau de la part de certains élus qui voient la solution de leurs problèmes par l’éradication de notre population.

Les esprits ancrés dans les tréfonds de nazillons en quête d’électeurs.

De par les différents textes le « voyage » devient impossible et ce que la constitution ne permet pas , certains hommes politiques décident par l’abstraction et la généralisation, nient tout ce que peut représenter le sujet traité et ses conséquences, écorchent la constitution en se targuant d’humanisme. Dérision évoquée, le traitement des problème des Tsiganes et des gens du voyage avec humanisme constitue désormais un paradoxe.

Les droits et les devoirs cde cette minorités sont évidents. La délinquance existe certes, mas n’est pas généralisable. Pourtant ce qui est devenue également évident, c’est que le seul fait de naître sur le voyage constitue un délit. Un bel héritage pour nos enfants.

Déjà  et même avant que l’article 53  ne soit officialisé, les agressions des forces de police se font ressentir.

Notre courrier sur le sujet adressé à Mr le Ministre de l’Intérieur provoque une réponse administrative. C’est tout.

Cependant les exactions continuent et les interventions policières brutales aussi, avec acharnement parfois (voir libération du mardi 11 favrier2033) . Ce ne sont que des CRS qui se défoulent . Enfin !

A chaque contrôle les exactions, les provocations pleuvent .

Il est revenu le temps que l’on croyait ne jamais revoir, apportant chaque jour son lot de misère, de dérapages racistes. Si un changement intervient un jour, ce sera pour augmenter le poids des matraques, qui accompagneront les terrains de concentration.

Vient le moment où victimes de faits, nous devenons des cibles.

Des cibles bien visible issues  de politiques négligeant le droit au stationnement. Ignorant certaines lois notamment la loi Besson concernant les logements des plus démunis.

Quiconque aborde la loi Besson relative à l’accueil l’habitat des gens du voyage, sans référence à sa genèse et dans l’ignorance de l’histoire des tsiganes , comme de leur place dans la société, peut s’en satisfaire et l’approuver au prétexte d’une opinion publique peu ouverte à ce fait social : Prise en compte des populations itinérantes , modalité d’accueil, mise en concordance des documents d’urbanisme, obligation des communes, engagement de l’état, droits et devoirs des familles, planification départementale. Hors contexte historique, sinon celui d’une temporalité courte dans le cadre d’une mise en ordre sociale, faire place à ce « voyage », comme en définir les modalités : il est permis de … il est interdit de … ?

Par contre, la confrontation au passé, l’inscription dans une histoire et une géographie, l’attention portée aux acteurs, en découvrent l’ambiguïté.

Avant elle, il y eut la loi du 31 mai 1990, celle du 10 juillet  1980, celle du 3 janvier 1969 et les textes d’application du 1970 et antérieur, celle du 16 juillet 1912 (déjà évoquée) venant clore un long débat parlementaire. Une trace dans le siècle, un fil tenu concomitant des grands bouleversements sociaux, à l’occasion desquelles des populations refont mémoire.

Cette loi reprend à son compte les mesures de suspicion et de mise à l’écart des populations itinérantes, au prétexte d’une mobilité considérée contraire à la participation sociale et à l’intégration.

Elle n’ajoute rien d’essentiel aux précédentes législations, selon l’obligation plus affirmée d’équiper, sous peine de sanctions administratives.

 

Cette loi ne traite ni entend traiter de l’habitat malgré une modification du code de l’urbanisme pour en permettre le traitement. Les mots « y compris les gens du voyage » sont ajoutés ; seulement pour les familles sédentarisées  ou en voie de l’être. Pour ceux qui circulent la réalité de l’habitat se conjugue autrement.

Les objectifs des schéma départementaux, clé de voûte  de la nouvelle loi, censée être innovante, aligne mot pour mot ceux de la circulaire du 10 juillet 1980 sur les « plans départementaux » malgré leur abandon et malgré l’insuccès de la loi du 31 mai 1990 qui en reprenait néanmoins les attendus – nouvel échec.

L’esprit de la loi : définir un nouveau cadre législatif. La lettre : Evaluer l’ensemble des besoins dans le département.

Il ne faut pas oublier que les schémas départementaux imposent la programmation d’aménagements collectifs spécifiques pour une population cible saisie dans sa généralité, celle dont «l’habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles. » Ce qui laisse entendre que toutes les familles sont appelées à connaître un sort identique de mise en résidence dans des « clos » publics ou privés, inscrits dans un schéma départemental. C’est la collectivisation familiale.

La périnisation de ces mesures est à craindre . Pratique ségrégative « les aires d’accueil ou autres lieux d’habitat des gens du voyage doivent être considérées comme de véritables lieux de vie, facilitant leur insertion sociale et le développement de la citoyenneté ».

Que cela fut dit en 1970, dans l’optique de sédentarisation d’alors, soit. Que cet échec  constate soit repris dépasse l’entendement.

Il nous faut désormais voyager d’un terrain à l’autre ce qui demeure la pratique de l’itinérance. Cela revient à nier le droit d’usage territorial ? le contrôle est donc au cœur du dispositif des schémas départementaux. Où veut on en venir ? La représentation du nomadisme maintenue comme soubassement d’une société à éradiquer ?

Les similitudes avec la politique de Vichy sont étonnantes. Est ce le hasard ? Nous avons besoins d’être rassurés !

Les schéma départementaux voient le jour et constituent le plus souvent un paradoxe.

Les grandes aires dites « aires de grands passages »sont privilégiés en grand nombre au détriment des stationnement familiaux qui répondent à la demande des gens du voyage épris d’un stationnement assuré à leur retour d e déplacements économiques et soucieux de la scolarisation de leurs enfants , notamment en période hivernale.

Le sujet est important et suscrit dans nos rangs nombre d’interrogations dont la principale concerne l’avenir d’une telle politique.

 

Quel sera le statut réel des futurs usagers ?

 

 

    

Le Président et les Administrateurs de Regards,

 

Le Président

 

Dany PETO MANSO

 

 

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