REGARDS DANS LE MONDE TSIGANE

Publié le par Regards

REGARDS DANS LE MONDE TSIGANE

Le développement du climat sécuritaire lors de la campagne présidentielle s'accompagnant d'une montée croissante des attitudes d'exclusion nous désignaient dès lors, Tsiganes et Voyageurs, à l'instar d'autres publics, comme de potentiels et futurs boucs émissaires.

Doublement animés par une intuition de crainte et un réflexe de survie qui nous sont légendaires et qui se sont définitivement renforcés depuis l’épisode dramatique  mais toujours ténébreux de la seconde guerre mondiale, nous avons souhaité créer l’association Regards.

Celle-ci, dont l’architecture politique préfigure modestement sa vocation nationale, entend s’adresser comme le prévoit ses statuts à l’ensemble des membres de nos communautés qu’ils soient Manouches, Sintés, Gitans, Roms, Yénishes ou tout simplement Voyageurs.

Son caractère laïque aussi symbolique soit-il souhaite renforcer l’unité qui nous fait aujourd’hui tant défaut.

Certains y verront peut-être là une vision utopique de notre engagement, personnes auxquelles nous rappelons qu’elle demeure néanmoins le fondement de chaque projet associatif qui sort du simple cadre de la gestion plus ou moins bien assurée d’une situation.

Cela est d’autant plus fondamental qu’il s’agit de la situation de nos enfants, de nos femmes et de nos hommes.

Nous posons là les jalons de notre avenir qui représente bien souvent notre seul titre de propriété mais qu’on remet malgré tout en cause comme à l’accoutumée.

Nous affirmons ouvertement notre relative représentativité que l’on nous reproche tant et avec laquelle l’on joue constamment de près comme de loin.

Chaque être humain n’est –il tout juste pas représentatif de lui-même ?

C’est d’ailleurs l’un des seuls terrains tout droit désigné de la société française où l’on aspire, plus ou moins inconsciemment,  à nous trouver divisés. Certains d’entre-nous s’en sont d’ailleurs montrés dignes, dépassant parfois les espérances des initiateurs.

Nous revendiquons en revanche notre légitimité à être les artisans maîtres de la construction de notre futur.

La route est longue et nous l’espérons d’ailleurs interminable, mais elle est sinueuse et de plus en plus dangereuse, ponctuée de rares parking-habitat de relégation d’où l’on distingue tout juste le clocher des Eglises mais jamais le fronton des Mairies.

La conjugaison de nos Regards dans le monde où nous vivons et celui plus étroit qui gère notre quotidien nous semble indispensable.

La passivité n’est plus de mise et nous n’aspirons plus à courber l’échine comme ne nous l’avait pourtant montré nos parents parfois résignés et marqués par un passé douloureux.

Dans cette optique, la critique des actions en notre faveur n’a pas non plus de sens si elle ne s’accompagne pas de forces de propositions dont nous sommes les petits porteurs culturels mais néanmoins principaux actionnaires.

Nous vivons une époque transitoire où l’on cherche encore notre place dans la Cité , où l’on nous cherche tout simplement.

Répondons présents.

Avançons et discutons sur la scène citoyenne où nous sommes attendus, en tenant compte du Conseil de nos Sages que nous déclinons au sens propre au sein de Regards.Nos orientations politiques s’appuient effectivement sur le discernement de nos aînés, véritables figures de proue du monde du voyage et du milieu associatif dont on redoute encore, çà et là, la ténacité.

Ces seuls et uniques experts du domaine virtuel qui est le nôtre, nous formeront naturellement à notre tour et nous éviterons notamment de tomber demain dans les pièges qu’on leur a eux-mêmes tendus.

Nous sommes encore les détenteurs de cette solide organisation familiale élargie dont souffre cruellement la société sédentaire et qu’on remet en cause une nouvelle fois lorsqu’on décrit nos associations comme familiales.

C’est vrai, nous sommes Cousins, nous sommes Frères mais n’assumons certainement pas la paternité du népotisme ni du clientélisme.

Travailleurs sociaux, enseignants, urbanistes, chercheurs, politiques, chacun de ces acteurs appréhendant notre univers se doit, aussi indispensable et complémentaire soit-il, de mener son autocritique avant de faire tomber la responsabilité de la situation sur l’autre, tout en se gardant d’empiéter sur son domaine de compétences.

Dans le centre de ce système, nous, Tsiganes et Voyageurs, n’échappons pas non plus à cette logique.

Aussi nos Regards doivent-ils se porter sur les différents aspects du traitement de nos populations.

A ce propos et par exemple, nous devons discuter dès à présent du bien fondé d’une école au rabais dont les acteurs courageux qui s’épuisent rapidement ressemblent à des caravanes publicitaires, tremplins hypothétiques ou précaires passerelles vers des jours meilleurs.

Nous devons également discuter du caractère communautaire visant à pallier les difficultés sociales auxquelles certains de nos membres sont soumis et dont l’écueil s’apparente à celle de l’habitat, c’est-à-dire se trouver aux marges de la société que nos plus jeunes ne découvrent qu’à travers le câble.

Ce dernier, véritable vecteur de notre mode de vie consumériste, indice indiscutable de notre intégration dans la société française depuis 500 ans, s’apparente à la chronique annoncée de notre ultime acculturation aux yeux de gens travaillant paradoxalement à notre insertion pourvu qu’elle n’entache pas trop l’image magnifiée et mythique d’un monde folklorique auquel nous serions cantonnés.

Cela n’empêche pourtant pas que nous soyons encore traités à part.

Sommes nous condamnés à vie au statut de sous-Hommes ?

Le collectif du 24 septembre 2002 auquel nous adhérons et dont l’objet est d’unir les différentes associations du secteur face à cette situation de crise législativo-sécuritaire, se doit de jouer pleinement son rôle de point d’orgue.

Cette partition est aussi simple pour nous que complexe pour vous, car il en va de nos conditions d’existence et de vos subventions, accordons donc autant que faire se peut nos violons, car cette fois-ci les fausses notes ne sauront pas entendables.

Regards vers l’avenir.

José BRUN et Vincent RITZ, administrateurs de l’association REGARDS.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Commenter cet article