LA SCOLARISATION ET L'INTERVENTION SOCIALE FACE A L'HABITAT (Intervention séminaire, CASNAV, Amiens du 8 avril 2004)

Publié le par Regards

Je tiens à remercier les organisateurs de m’avoir invité et tout particulièrement Marie Ascoua que nous avons eu l’occasion de rencontrer au colloque en septembre dernier à la Rochelle sur la mémoire de l’internement tsigane en France durant la seconde guerre mondiale.

Les colloques se suivent et ne se ressemblent pas (Limoges, différentes thématiques) puisqu’ils permettent un enrichissement de la connaissance tsigane.

Mais en revanche, les gens qui s’y retrouvent sont souvent les mêmes. On parle alors de grande famille pour être optimiste et convivial, de microcosme lorsqu’on estime que les choses évoluent en, vase clos…

Une autre régularité que je n’ai pas la prétention d ‘enrayer aujourd’hui : l’absence des principaux intéressés dans la prise de parole quel qu’en soit la représentativité.

Au moins à Amiens on n’est pas obligé de passer par la fenêtre.

Présentation de l’association REGARDS (explication de sa création, contexte et fondements, actions…).

Par ailleurs je participe à la formation des acteurs sociaux depuis 5 ans.

Je suis amené à animer des formations, intervenir en tant que formateur, faire du conseil technique sur l’ensemble du territoire national.

Au risque de paraître assez rapide et succinct, je n’apporterai certainement pas assez d’arguments et je vous prie de m’en excuser mais j’ai tenu à respecter le temps qui m’était imparti et de pouvoir échanger ensemble par la suite.

Introduction:

Est-il possible aujourd’hui de parler de scolarisation ? D’enfants dont les conditions d’accueil et d’habitat sont réduites à leur plus simple expression c’est à dire quasiment rien.

Quand on fait le bilan des jeunes issus des communautés tsiganes et des gens du voyage, on s’aperçoit d’une certaine évolution. Elle présente néanmoins des aspects qui traduisent parfois une certaine régression, un curieux retour en arrière.

Mais peut on parler d’évolution positive ? Par le fait qu’il y ait de plus en plus de jeunes scolarisés, oui !. De façon contradictoire, beaucoup de jeunes itinérants sont moins lettrés parfois que….leurs grands-parents qui eux-mêmes avaient connu une scolarité plus soutenue notamment au sortir de la guerre liée à un certain phénomène de sédentarisation. Celui-ci s’est progressivement corrélé à un passage du nomadisme rural à un nomadisme urbain rendant plus difficile l’acceptation des groupes tsiganes dans la cité, dans l’école.

Mais la question que je me pose est :  « à quel prix les voyageurs sont ils scolarisés ??? »

Quelle est la possibilité offerte aux jeunes voyageurs en matière de scolarité, l’itinérance est-elle aujourd’hui en France appréhendée et respectée par des moyens mis en place ?

La grande majorité des jeunes dit « voyageurs » scolarisés proviennent de familles avec une mobilité très réduite. C’est à dire issus de familles ne voyageant très peu voir plus du tout !

Anecdote : nous avons récemment été contacté par TF1 pour réaliser une émission sur la scolarisation en milieu tsigane. Ils cherchaient des étudiants à l’Université qui voyagent et s’inscrivent d’une faculté à une autre au gré des villes traversées…Recours à des intermittents conseillé : images d’Epinal, folklore, etc…

Un jeune voyageur, un jeune Tsigane ne fait aujourd’hui en France pas d’études lorsqu’il voyage. Il n’en fait pas forcément beaucoup plus ou en tout cas plus longtemps lorsqu’il est sédentarisé. Sédentarisé ? D’ailleurs, est-ce que l’identité tsigane est consacrée uniquement au voyage, certainement pas. Il faut donc chercher d’autres raisons que la prétendue ou en tout cas visible contrainte de l’itinérance pour expliquer l’échec scolaire en milieu tsigane et voyageur.

Donc, la scolarisation d’accord, mais l’identité culturelle via le voyage n’en a t-elle pas subi les conséquences avec tout ce que ça implique , familialement, économiquement,…

Il est intéressant de se poser la question de la spécificité des actions quel qu’elles soient et notamment de scolarisation.

Mais cette évolution est elle le produit d’actions spécifiques de scolarisation adaptées pour les voyageurs ou est-elle la conséquence des actions politiques, (ayant pour objectif de pousser à la sédentarisation en multipliant les processus de surveillance et contre le délit d’installation illicite sur les propriétés privées ou publiques « au moyen d’un véhicule automobile ») ?

Quel est aujourd’hui le but ou quel a été le but de la scolarisation en direction des Tsiganes et Voyageurs : l’émancipation intellectuelle et culturelle propre à chaque français ou le préalable par son caractère spécifique à devenir un citoyen normal ?

La scolarisation sur mesure n’a t-elle pas pour objet de tenter de canaliser d’éventuels débordements et troubles de l’ordre public que soulèvent en premier lieu les stationnements spontanés qui dérangent aux quatre coins de la France.

Grande problématique de vouloir scolariser des jeunes sans vouloir manipuler la culture des usagés, sans vouloir les assimiler finalement… Certains diront « insérer » !

Est-ce qu’il est possible à un moment ou un autre à un enseignant de contribuer plus ou moins directement à ce que certains appelleront une assimilation ? « La communauté tsigane » peut-elle s’infléchir culturellement sur la pression du travail d’acteurs sociaux et d’enseignants ? Au regard de l’Histoire, il semble difficile de répondre par l’affirmative.

Nous sommes toujours dans une relation de dichotomie au sein de l’action sociale spécifique en milieu tsigane. Beaucoup d’enseignants notamment, sont encore dans la perspective d’être en position coupable d’agents d’acculturation par rapport au fait d’enseigner l’Histoire de France ou des valeurs qui lui semblent étrangères à ce qu’il croit être la culture du groupe communautaire avec lequel il travaille.

Est-ce qu’un Tsigane ne doit pas apprendre qui était Louis XIV, Roi de France qui a permis à ses ancêtres de découvrir l’Amérique…par l’envoi aux galères ? Qui était Georges Clemenceau et ses brigades du Tigre ?

J’ai un peu l’impression que l’on demande aux enseignants et aux formateurs de mettre en place des dispositifs de scolarisation et de formation pour répondre à une problématique spécifique aux enfants du voyage alors qu’il existe un certain nombre de freins pour que les parents puissent mettre leurs enfants à l’école.

Nous sommes toujours dans la perspective de savoir quoi faire en premier… Faut-il mettre en œuvre des solutions spécifiques à telle ou telle situation avant de régler le vrai problème.

On répond par des actions de forme (classes spécifiques, antenne scolaire mobile…) en se voilant la face sur les enjeux de fond : La place citoyenne dans le Pays qui passe par une place dans la cité, en premier par l’Habitat.

Une place par l’Habitat ne présuppose-t-elle pas au préalable une acceptation par l’autre de la différence, de sa différence ?

La scolarisation 

 Le premier levier est l’habitat

Effectivement, comment peut on s’imaginer mettre et faire tenir des tuiles sur une toiture qui n’a pas de charpente ????

Avec en premier lieu quel respect dans l’application de lois républicaines telles que les lois Besson de 1990 et 2000 ? Lois fondamentales puisqu’ayant trait au logement !

Comment voulez-vous que le corps enseignant et les acteurs sociaux ne s’épuisent pas à mettre en place des actions, si la base est viciée. C’est un peu le mythe de Sisyphe.

Tout le monde fait ce qu’il peut et s’y use.

En fait il est très difficilement concevable d’espérer conduire un dispositif de scolarisation aujourd’hui, si celui de l’habitat n’est pas réglé !

Peut-on aussi estimer que les directions en matière du règlement des problèmes d’habitat soient les bonnes ? Les terrains d’accueil, fameuses places désignées ne sont-elles pas depuis l’origine des temps une réponse unique à un problème considéré comme unique de ….sécurité publique ?

Quand on y rajoute l’état de précarisation des personnes, il est incohérent de pouvoir prétendre scolariser des enfants habitant dans des conditions de pauvreté (physique ou psychologique), tels que la vivent actuellement à peu près la moitié de la population des gens du voyage.

Aussi le voyage n’est pas le seul frein à cette barrière socioculturelle face à la scolarisation. On pourrait aller jusqu’à dire de façon caricaturale qu’un jeune tsigane qui va à l’école plus ou moins longtemps s’explique par le fait qu’il est issu d’une famille dont le niveau social est élevé, qu’elle est sédentarisée et pas préoccupée par le lendemain. Mais il paraît que le Tsigane n’a pas le soucis du lendemain ? Et bien non, c’est justement parce qu’il n’a pas le soucis du lendemain que les enfants ne vont pas à l’école, voir la phrase suivante.

Imaginez vous, ne sachant pas où vous habiterez demain ou dans quelles conditions, ou habitant dans un terrain insalubre, que l’on vous demande « scolarisez vos enfants ».

Situation de réflexe de survie qui contribue à éluder tous les autres aspects d’un éventuel épanouissement culturel ou intellectuel. Recherche du maintien et de la préservation quotidienne de la vitalité essentielle, celle de pouvoir dormir plus ou moins sur ses deux oreilles la nuit. Ce n’est sûrement pas dans les terrains d’accueil que c’est le plus facile même si c’est souvent le moins pire en milieu urbain…

Comment est il possible de s’engager dans une telle dynamique, quand on vit dans une précarité d’habitat ! Est on réellement disponible psychologiquement quand sa priorité est de pouvoir se poser dans un endroit calme et sain (d’où l’on ne se fera pas expulser au milieu de la nuit) où les petits pourront se reposer et éventuellement avoir de l’électricité pour se chauffer ?

La plupart des lieux d’accueil et d’habitat malsains (décharges, stations d’épuration…) contribuent aux principaux intéressés à leur renvoyer l’image la plus négative qui soit. Triste miroir aux allures de gadous qui laissent supposer l’estime de soi qu’on peut avoir. Certains esprits bien pensants et notamment des élus prennent pour argent comptant ces lieux de stationnement comme des habitudes culturelles. Quels enjeux en terme de territorialité représentent le fait de s’installer près des ces endroits : aucuns  puisque seulement quelques rats s’y aventurent ! Faisons donc les terrains en respectant leur mode de vie tout en contribuant à favoriser leur insertion par l’économique et le jeu des enfants dans les monticules de déchets ?

Pourquoi cette logique ne s’applique t-elle pas de façon curieuse lors de stationnements spontanés sur…..les campus universitaires ? Un terrain au sein de l’Université ne donnerait-il pas le goût de l’école aux enfants ?

 

Evidement, et heureusement, certaines expériences réussissent.

Dans des écoles intégrées sur des terrains d’accueil, des écoles de village, des centres de formation accueillant des jeunes de plus de 16 ans.

Il faut voir que l’intégration correspond à chaque fois à l’intégration du terrain dans la ville : exemples de Quimperlé en centre-ville dans le Finistère ou bien de Cesson-Sévigné dans la banlieue de rennes dans l’Ille-et-Vilaine.

Mais soyons honnête, ces réussites sont minimes, surtout quand il s’agit de jeunes résidant dans des « bidonvilles », des terrains insalubres, ou vivant le voyage quotidiennement.

Il est vrai que c’est « mieux que rien » !

Mais combien de temps allons nous constater cela et entretenir l’épuisement des acteurs sociaux (en général) et comment vont ils  continuer ?

L’école de sous-Hommes produit des sous-Hommes comme aime à le répéter Dany Peto-Manso !

Les problématiques de l’habitat ne dépendent pas de la scolarisation mais bien l’inverse, tout comme l’action sociale par ailleurs.

Plus ça va plus on appréhende de façon spécifique l’action sociale. Cela témoigne sans doute d’une nouvelle évolution sociologique dont les Tsiganes et Voyageurs font une nouvelle fois les frais en premier lieu et qui correspond à de la relégation. Les fameux centres sociaux GDV sont sollicités çà et là pour récupérer les dossiers RMI à travers les départements instruits initialement dans les CIAS ou UTAS et même dans les CCAS. Le Tsigane et Voyageur semble devenir aussi gênant dans les salles d’attentes de droit commun dédiés à l’action sociale. Exemple de la Touraine où le premier membre d’une très grande famille est arrivée d’après les archives locales en 1429 et itinère depuis cette époque dans le secteur et sur les départements limitrophes la plupart du temps encore avec des chevaux. Les membres de ces familles sont de purs lochois et exercent leurs devoirs, leurs responsabilités, leurs vies sociales depuis des siècles dans ce territoire. Connus de tous depuis autant de temps et notamment des services sociaux pour ceux qui en ont besoins, ils sont désormais obligés de voir leur dossier RMI confié à un centre social spécifique basé dans la ville Préfecture, à Tours, à 50 km de là !

Que peut-on dire également du RMI communautaire, ethnique ?

Que se passerait-il demain si on faisait du RMI Juif ou Chinois ?

Et le problème de l’habitat ne dépend pas des acteurs sociaux ni des voyageurs eux même (à moins que l’on en reste au discours d’intolérance xénophobe du « ils ont qu’a faire comme tout l’monde 

Je ne suis pas historien, mais en faisant un rapide récapitulatif des textes de lois apparus depuis  1419 et à travers eux tirer une rapide analyse de la situation des gens du voyage.

Il est intéressant de faire un bref rappel de la mise en place des 4 logiques du législateur républicain (1912, 1969, 1990, 2000).

 

Un autre levier pour favoriser la scolarisation est la mise en place de démarches spécifiques (mais non ghettoisées)

 

Parfois et ce qui est dommageable, des démarches « adaptées » menées sont mises en place par des enseignants et au lieu d’être perçu comme innovante, elles sont plutôt perçues comme des démarches marginalisées. Alors qu’elles doivent être conçues comme des tremplins qui permettront aux jeunes voyageurs (dans plusieurs générations) d’accéder au cursus classique.

 

Les camions-écoles ou antennes scolaires mobiles s’apparentent à des caravanes publicitaires faisant de la publicité ou rappelant aux familles qu’il existe des écoles communales où il est peut-être possible qu’elles envisagent la scolarisation de leurs enfants si le directeur est partant et que le Maire ne mette pas en œuvre un référé d’expulsion.

 

Là, on peut se rendre compte de certaines limites de l’éducation nationale, peut être par manque de moyens ???

 

L’éducation nationale part aujourd’hui sur le principe du droit commun…

 

Que peut-on dire des moyens du droit commun en ce moment et à la perspective de la prochaine rentrée scolaire qui va être catastrophique en termes de moyens humains et de moyens financiers (activités, matériels…)

D’autant plus s’il n’y a pas interaction entre les gens du voyage, les acteurs sociaux voire les politiques locales.

Il est très rare qu’en amont de la création d’un terrain d’accueil dans une collectivité on pense à prévoir les modalités et les possibilités de scolarisation des enfants qui y seront présents car l’idée est avant de régler la sécurité publique. La scolarisation apparaît dans ces conditions comme la cerise sur le gâteau, un petit plus permettant d’imaginer que les enfants pendant leurs cours de préférence sur le terrain ne casseront pas les sanitaires culturels qui coûtent assez chers comme ça !

Aujourd’hui, l’accès à l’école par les enfants du voyage est difficile car l’école parle une langue uniforme qui ne correspond pas à tout le monde, notamment aux enfants et familles en difficultés et qui ne vivent pas l’éducation de la même manière.

La culture sociale provient de la place qu’on occupe ou qu’on nous fait dans la société. Beaucoup de jeunes de « banlieues » s’expriment de façon différente, avec leurs propres codes inhérents à leurs quartiers, leurs réflexes d’habiter et de vivre dans des ghettos coupés de la société.

Les coups de peinture sur les tours HLM s’apparentent à ceux que l’on peut faire sur les sanitaires des terrains d’accueil, ils ne changent rien sur la localisation des deux et le sentiment de relégation…

On ne pourra parler de scolarisation ou d’action sociale tant que l’on aura pas réfléchi au préalable et surtout agi sur les dimensions d’habitat et de réel travail en réseau entre tous les acteurs concernés.

Les gens du voyage, la enseignants, les élus, les acteurs sociaux, peut être les  scientifiques, les cabinets d’étude vendeurs des dits « terrains adaptés » et les politiques etc…., Sinon l’on ne pourra que continuer à repousser la misère.

Comme dans tout principe quant on travail dans son coin on n’avance pas très vite.

Arrêter, stopper les incohérences en matière d’interventions sociales et politiques : est-il normal par exemple que des enseignants en ASM interviennent le matin sur un stationnement spontané duquel vont peut-être se faire expulser dans l’après-midi les familles suite à un référé et une expulsion avec un escadron de gendarmerie mitraillettes à la bandoulière ?

Les enfants ne peuvent pas se repérer dans une telle (il)logique et finiront par devenir eux-mêmes racistes et ce seront les intervenants sociaux dans leur diversité, représentant le monde sédentaire qui en feront les frais. Les jeunes deviennent de plus en plus racistes, il est important d’en parler puisqu’il prend la forme d’un dangereux repli communautaire comme dans d’autres exemples.

Pour parler concrètement des Tsiganes et gens du voyage.

Chaque voyageur ou Tsigane  n’a pas la même chance, les mêmes facultés, les mêmes conditions de famille, la même culture, malgré tout ce que l’on peut croire.

Tout le monde n’a en effet, ni les mêmes droits, ni les mêmes avantages…

En fait chaque personne vit sa tsiganité différemment et les familles perçoivent l’évolution de leurs enfants tout aussi différemment.

Aussi les réponses uniques, au niveau de l’habitat, de la scolarisation, de l’action sociale sont d’une rare incohérence.

Nécessité absolue de sortir des images préconçues : les Gens du Voyage ne sont pas une communauté homogène comme la société.

Aussi les références culturelles dans certains supports pédagogiques doivent être maniés avec précaution (mots de la langue, icônes culturelles, etc.. ).

Cela pose la question fondamentale de l’habitat : comment peut-on accepter cette solution unique de l’accueil ? Un ferrailleur sédentaire fréquente-t-il dans son logement un antiquaire ? Dans le milieu voyageur et sur un terrain d’accueil, il y est contraint… 

CONCLUSION : 

On ne peut pas faire de spécifique !

Mais essayer de faire bien avec 35 élèves sans vouloir former qu’une élite, c’est difficile.

La scolarisation et l’action sociale ont permis beaucoup de choses, de faire des constats, de permettre à des personnes d’accéder autrement à certains emplois…

Ce sont des ponts entre les tsiganes et la société.

Il faut repenser totalement l’appréhension sociale spécifique en milieu tsigane et voyageur compte tenu de sa désuétude.

Arrêter de véhiculer le message « ils ne sont pas encore prêts », demain sera un jour meilleur !

Arrêter de sacrifier encore des générations !

Nara RITZ, association REGARDS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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